Question de l’Ecole du Groupe Scolaire CAP EST à Marseille : Combien de temps avez-vous mis pour le tournage puis le montage du film « OCEANS » ? Combien de personnes vous ont aidé pour faire le film ?


Nous avons mis 7 ans pour réaliser le film Océans : 2 années de préparations au cours des quelles Jacques Perrin, Jacques Cluzaud, Stéphane Durand, Laurent Debas et Francois Sarano ont écrit le guide scénaristique. Ce guide a permis de préparer les expéditions pour filmer les espèces souhaitées. En s’appuyant sur cette préparation très précise qui permettait de savoir où , quand, avec quelle spécialiste rencontrer les espèces, nous sommes partis pendant 4 années explorer les océans de l’Arctique à l’Antarctique dans 54 sites exceptionnels – souvent des sanctuaires où la vie marine est préservée. Une dizaine d’équipes, assistées par des logisticiens, ont ainsi mené 75 expéditions de plusieurs semaines, parfois plusieurs mois dans des lieux très reculés.

Ces équipes ont rapporté 490 heures de film ! Il a fallu plus d’un an pour les sélectionner, les monter. Dans le même temps Bruno Coulais écrivait la musique du film qui dans sa version finale dure 1h43 minutes.

Au total près de 400 personnes ont participé à la réalisation du film Océans sous la direction de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud.



Question de l’Ecole du Groupe Scolaire CAP EST à Marseille : Comment avez-vous fait pour filmer de si près ces animaux sans qu'ils s'enfuient ?


Les animaux marins sauvages qui n’ont pas l’habitude de voir des hommes ne les craignent pas et ne les fuient pas, contrairement aux animaux terrestres. Il est donc plus facile de les approcher. Mais pour les filmer comme nous l’avons fait pour Océans, il faut beaucoup de respect . Il faut se faire discret, et attendre que les animaux nous considèrent comme l’un des leurs . Il faut attendre enfin qu’ils nous offrent la rencontre. Nous avons utilisé des appareils respiratoires silencieux qui réutilise l’air expiré au lieu de le rejeter à l’extérieur, ce qui fait beaucoup de bruit.



Question du Collège des Chartreux à Lyon : Comment avez vous fait pour être toujours au bon endroit au bon moment?


Nous avons préparé les expéditions avec l’aide des biologistes et des plongeurs qui connaissaient le mieux les espèces que nous voulions filmées. Avec eux nous avons étudié les comportements de reproduction et d’alimentation pour être là au bon endroit et au bon moment.



Question de l’Ecole Le Belvédère à Draveil : Comment s'appelle le poisson en forme de rocher?


Le poisson en forme de rocher s’appelle le poisson pierre. Son nom latin est synanceia verrucosa. Il chasse à l’affût et surprend facilement les petits poissons qui passent à portée de sa bouche car il se confond avec les rochers et les coraux du fond marin sur lequel il est posé parfaitement immobile.



Question de l’Ecole Le Belvédère à Draveil : Quand vous filmiez les requins, ont-ils essayé de vous attaquer?


Jamais nous n’avons été attaqué par des requins. Les requins n’attaquent pas les plongeurs sous-marins qu’ils identifient très bien. Comme les autres animaux, ils font aisément la différence entre leurs proies habituelles et le plongeur. D’autre part le plongeur mesure environ 2,4m avec ses palmes, il est donc très impressionnant. Les requins sont des animaux timides, méfiants et ne prennent jamais aucun risque, au moindre doute ils fuient. Enfin les très gros requins blancs, qui ont l’habitude de voie fuir devant eux quand ils apparaissent, étaient décontenancés par notre attitude très calme lorsqu’ils chargeaient pour nous intimider. La plus grande difficulté était de nager côte à côte avec le requin. Il faut qu’il soit vraiment très gros et sûr de lui pour accepter le plongeur.



Question du Collège des Chartreux à Lyon : Quelle a été la séquence la plus dangereuse ?


Il faut avouer que nous n'avons jamais ressenti le moindre danger sous l'eau. Il faut répéter qu'aucun animal marin n'est dangereux pour l'homme et qu'aller à leur rencontre ne comporte aucun risque. Ceci dit, toutes les rencontres n'ont pas été faciles à obtenir: la mer peut être mauvaise, la visibilité médiocre, les animaux absents. Seul le temps passé sur le terrain nous a permis de surpasser ces difficultés. Une poignée de séquences ont été plutôt délicates à filmer : les rouleaux sous la vague, plonger sous la banquise et la rencontre avec la maman morse. Très maternelle, très tendre envers son nouveau-né, elle le protège coûte que coûte contre tout intrus, quel qu'il soit. Il fallu à David Reichert, notre caméraman américain, des trésors de patience et d'humilité pour se faire accepter par cette maman morse, si bien qu'elle a laissé son bébé venir jouer pendant quelques minutes avec la caméra.



Question de l’Ecole Le Belvédère à Draveil : Pourquoi coupe-t-on les ailerons des requins?


Les Chinois utilisent traditionnellement les ailerons de requin pour parfumer les soupes. Aussi les pêcheurs coupent-ils les nageoires pour les conserver car elles se vendent très cher, et rejettent-ils à la mer le requin vivant et mutilé, car sa chair n’est pas très bonne à manger et surtout ne se vend pas. Des millions des requins sont ainsi massacrés chaque année. Certaines espèces sont menacées de disparition car elles n’ont plus le temps de se reproduire.



Question de l’Ecole du Groupe Scolaire CAP EST à Marseille : Où se trouve le musée de votre film?


Le musée qui est filmé dans le OCEANS n'est pas un vrai musée; c'est un musée que nous avons imaginé car il n'existe nulle part dans le monde actuellement de musée d'histoire naturelle représentant l'ensemble des espèces marines disparues et menacées. Comme nous souhaitions vivement évoquer cette facette là de la mer, il ne nous restait plus qu'à l'inventer. C'est ce que nous avons fait avec l'aide du chef-décorateur Jean Rabasse. Ce qui est représenté dans le film est donc un décor de cinéma que nous avons mis en place, le temps du tournage en octobre 2008, dans la grande halle de la Cité de la Mer, à Cherbourg.


Question du Lycée Yourcenar au Mans : Qu'est ce qui détermine le rassemblement des araignées de mer ? Dans quel but? Quelle signification biologique a ce grégarisme?


Ces araignées de mer se rassemblent dans la baie de Melbourne, au sud de l'Australie. Les scientifiques australiens ont longtemps cru à une légende de pêcheurs. Quand nous les avons filmés, c'était la deuxième fois seulement que ce phénomène était observé. Les araignées de mer sont connues pour se rassembler une fois par an pour muer toutes ensembles. En effet, comme tous les crustacés, les araignées de mer quittent chaque année leur vieille carapace devenue trop petite. Mais, le temps que la nouvelle carapace qu'elles secrètent se durcissent, il se passe plusieurs heures durant lesquelles elles sont très vulnérables, car toutes molles, et aiguisent l'appétit de nombreux prédateurs: requins, raies, etc. C'est pourquoi elles se rassemblement afin de diluer l'impact de la prédation. L'extraordinaire du phénomène australien tient dans son ampleur: si toutes les espèces d'araignées de mer se rassemblement pour muer, ce que nous avons filmé en Australie dépasse de loin tout ce que nous pouvions imaginer en la matière: ce sont des centaines de milliers, si ce n'est des millions, d'araignées de mer ainsi rassemblées pendant quelques jours... Ce comportement n'a rien d'agressif. C'est le montage de la séquence du film qui donne cette impression de deux armées antiques marchant l'une contre l'autre...



Question du Lycée de l’Immaculée Conception à Villeurbanne : Est-ce que pour vous l'esthétique et un choix artistique sont plus efficaces pour toucher les gens et défendre une cause écologique que tous les arguments des scientifiques, les documentaires ou la littérature scientifique ?


Le travail des scientifiques est indispensable car il nous permet de mieux connaître le monde qui nous entoure. D'ailleurs, pour faire nos films, nous nous nourrissons abondamment des travaux scientifiques et nous rencontrons beaucoup de chercheurs ; ils collaborent au quotidien à la réalisation du film, avant, pendant et après les tournages. Cependant, le discours scientifique, logique et argumenté, s'adresse à la raison, à l'intellect et il apparaît clairement que cela est loin d'être suffisant pour toucher le grand public. Les scientifiques eux-mêmes le reconnaissent bien volontiers et ce sont eux qui, pour Océans, sont venus au devant de l'équipe de réalisation du film avant même que nous n'ayons eu le temps de les contacter ! En complément au discours rationnel, il y a la nécessité d'un discours qui touche le public aux tripes, au cœur, un discours qui privilégie l'émotion. C'est en étant émus au plus profond de leur être que les gens vont s'intéresser aux choses de la nature, vouloir en savoir plus et surtout vouloir les protéger. Les dernières décennies ont bien montré que le discours scientifique n'était pas suffisant pour protéger la biodiversité, quelle que soit la qualité et la quantité de leurs arguments. Pour de nombreuses espèces, les scientifiques savaient que leurs populations étaient menacées; ils tiraient la sonnette d'alarme mais en vain. On savait et pourtant, nous n'avons rien fait. C'est le cas du dauphin du YangTsé, ce grand fleuve chinois: depuis 20 ans, les populations sont suivies minutieusement et déclinent régulièrement. Cela ne l'a pas empêché de disparaître en 2007, pour toujours.